Franck Eclair

   Habitué à déménager très jeune, j’ai vite compris que les lieux sont habités d’une multitude de phénomènes . Des mémoires agglutinées dans les murs ou planquées dans les recoins du salon, des présences ricanant dans les placards. Des ondes partout, des endroits où l’on se sent à la maison, et d’autres qu’on veut fuir sur le champ…

   Il y a cette rencontre, enfant, au bord d’un étang. L’air se met à vibrer et la surface de l’eau frémit. Comme une femme scintillante qui flotte en lévitation à portée de main. L’air crépitant d’une lumière qui m’enveloppe, elle me confie un secret sans parole. J’y vois une fée. Puis elle disparait comme elle est apparue. Je me sens comblé de confiance et de joie.

Le premier contact

   1979 – En balade à vélo avec mes copains dans la campagne champenoise, nous bavardons au pied des bottes de paille quand le silence s’impose. Absolu, comme empreint de sacré. Un rectangle parfait de lumière orange est là, suspendu dans le ciel face à nous. Une lumière éclatante qui n’éblouit pas, la sensation que le temps s’est figé.
   C’est l’été, en plein après-midi. Aucun son, même pas le chant des oiseaux. Le tracteur en contrebas est figé sur place. Le phénomène rayonne un moment et l’air vibre sourdement. Les bords frémissent, la lumière s’intensifie au centre comme pour s’y concentrer, et  pfuit! Plus rien. Un ovni? Les oiseaux gazouillent, le tracteur reprend son sillon et le soleil est déjà sur le point de se coucher. C’est comme sortir d’une bulle temporelle, combien de temps s’est écoulé? Précédés par une lumière diffuse, une présence invisible nous ouvre le chemin jusqu’au village. Il fait presque nuit, l’émotion emplit ma poitrine, et j’ai la certitude que je ne serai plus jamais seul.

Les karmas et les druides

   Années 90 – au cours de mes premiers voyages en tant qu’assistant photo, j’ai savouré la joie de découvrir des cultures, des gens et des lieux différents. Au contact d’esprits inconnus et de présences invisibles, mes perceptions se sont ouvertes à des univers plus vastes. De l’hôtel hanté par un fantôme espiègle dans les fjords de Norvège, à la rémanence d’une vie antérieure dans un palace du Rajasthan (en Inde) saturé de mémoires sans âge; j’ai aussi vécu l’expérience du voyage temporel à Séville, dans un hôtel construit sur un terrain au passé trouble et chargé.

   Puis c’est en Bretagne qu’une joyeuse bande de druides m’a initié au langage de l’invisible. J’avais à peine trente ans quand, admis pour un temps dans leur cercle, ils m’ont enseigné les bases de la radiesthésie et de la géobiologie classique. Pendule, baguettes coudées, radionique… Je pouvais enfin mettre des mots sur mes ressentis et les classifier. Mes croyances en furent  secouées comme par un  shaker géant.

L'an 2000

   Sous les toits d’un appartement du 14ème ardt parisien, j’ai entrepris une véritable fouille archéologique des strates de mémoires qui me narguaient du parquet au plafond. J’y ai vu des démons lubriques danser à l’intérieur des murs, j’ai libéré l’âme d’une femme repliée dans un coin du salon suite à son décès, une cinquantaine d’années plus tôt. J’ai ressenti ses souffrances et sa peine infligées par un homme, là, juste sous mon toit. Et j’ai compris que d’autres y avaient souffert avant elle, comme si ce lieu attirait la même histoire en boucle.

   Me croyant plus fort que ces intrus désincarnés, j’ai joué à l’apprenti sorcier en allant jusqu’à arracher la moquette pour les virer de chez moi. C’est là que j’ai commencé à sombrer dans la folie. L’hôpital m’a sauvé, maladie déclarée. Coupure nette avec les esprits et retrouvailles avec le mien, trois mois d’échanges avec une psy, et autant de séances avec une sophrologue pour une réconciliation progressive avec la vie réelle. Et le retour de ma joie de vivre.

   A ma sortie, j’ai repris mon job de photographe avec enthousiasme. Des instants de grâce, des moments d’équilibre parfait. Mes ressentis n’avaient pas disparu pour autant. De plus en plus souvent, certains lieux m’appelaient à l’aide. Comme une chambre d’hôtes du Périgord à rééquilibrer, un hôtel du Luberon à libérer de présences indésirables. Je ne cherchais rien, ça s’imposait à moi pour prendre de plus en plus le pas sur mon job. J’ai donc ressorti ma paire de baguettes.

L'autre monde

   2008 – Lors d’un voyage au Chiapas (Mexique), j’ai eu la chance de voyager entre les mondes  au cours d’une cérémonie à l’Ayahuasca, guidée par le chamane David et ses deux partenaires. Ce jour là, j’ai vu sans équivoque ces autres réalités dont j’avais l’intuition depuis des années. Cette expérience fût si extraordinaire qu’il m’est impossible de la décrire avec des mots. Le face à face avec moi-même et la rencontre d’entités lumineuses et d’esprits animaux dans ces univers vibrants a dégommé toutes mes idées reçues. Une véritable mise à jour de mes croyances limitantes. Il m’a ensuite été de plus en plus difficile de composer avec le rationalisme dominant de mon milieu professionnel. Dès lors, j’ai vécu dix ans de tiraillement « entre les mondes », jusqu’à la rupture conventionnelle. Il m’a fallu 8 mois de négociation pour accepter que je n’étais qu’un pion sur l’échiquier égotique du milieu de la presse. Fin des illusions, signez ici et basta!

Le switch

   Depuis 2018  : La porte grand ouverte sur le chemin qui m’appelait depuis des années, j’ai  franchi le seuil  en suivant quelques ateliers de radiesthésie, et en ré-apprivoisant mes ressentis. En 2019 : une formation en Géobiologie avec Stéphane Mazuy – excellent géobiologue (plutôt une validation de mes compétences, selon lui). Et enfin la rencontre avec ma nouvelle famille d’âmes dans le Loiret. Pour des stages quasi mensuels de Radiesthésie Holistique jusqu’à aujourd’hui. Comme une formation continue.

   Et tout s’est éclairé. Je me suis souvenu des nombreuses rencontres  qui ont ponctué ma vie, de tous mes échanges d’expériences et de connaissances avec des médiums, des guérisseurs, des magnétiseurs (aussi des mythomanes et des imposteurs) placés sur mon chemin depuis longtemps. Un medicine-man amérindien, un magnétiseur « à l’or vert » brésilien, des « curanderos » au Mexique, des esprits bienveillants en Grèce, et bien d’autres expériences hautes en couleur en France et ailleurs…

Ma meilleure formation est la vie, c’est l’expérience qui enseigne le mieux .

« Passeur » selon certains, je me reconnais comme un « éclaireur ».

Franck Eclair