Mon parcours

Habitué à déménager très jeune, j’ai vite saisi que les lieux sont habités d’une multitude de phénomènes flippants et hilarants. Un bon paquet de mémoires agglutinées dans les murs, planquées dans les recoins de fenêtres, ou ricanant dans les placards de Mamie. De l’électricité statique, des ondes partout, des endroits où on se sent à la maison, et d’autres qu’on a envie de fuir instantanément…

Avec mes premiers voyages en tant qu’assistant photo, j’ai savouré la joie d’être en contact avec des univers nouveaux, plus ou moins visibles. A la rencontre de gens et de lieux différents, d’esprits inconnus et de présences subtiles, mes perceptions ont franchement commencé à découvrir des univers plus vastes. De l’hôtel hanté par un fantôme rigolard dans les fjords de Norvège à la reconnexion à une vie antérieure dans un palace du Rajasthan peuplé de mémoires agressives, j’ai aussi vécu une expérience de voyage temporel à Séville, dans un autre hôtel construit sur un lieu hautement chargé d’histoire.

Quelques années plus tard, c’est en Bretagne qu’une joyeuse bande de druides m’a familiarisé avec ma perception de l’invisible. J’avais à peine trente ans et, admis pour un temps dans leur cercle, ils m’ont enseigné les bases de la géobiologie classique. Pendule, baguettes coudées, cercle sacré, etc. Je pouvais enfin mettre des mots sur mes ressentis et les classifier. Par ce début d’initiation, toutes mes croyances ont été secouées comme par un coup de shaker géant.

L’an 2000. Sous les toits d’un appartement du 14ème arrondissement, j’en suis arrivé au point d’entreprendre une véritable fouille archéologique des couches de mémoires qui me narguaient du parquet au plafond, en jouant avec mes nerfs. Un vrai casse-tête. J’ai vu danser des démons lubriques à l’intérieur des murs, j’ai libéré l’âme d’une femme emprisonnée dans un coin du salon suite à son décès, une cinquantaine d’années plus tôt. J’ai ressenti les souffrances et la peine qu’un homme violent lui avait infligé là, juste sous mon toit. J’ai capté que d’autres y avaient déjà souffert avant elle, comme si ce lieu attirait la même histoire en boucle.

Me croyant plus fort que ces intrus désincarnés, j’ai joué à l’apprenti sorcier jusqu’à arracher la moquette pour les virer de chez moi. C’est là que j’ai commencé à sombrer dans la folie. L’hôpital m’a sauvé, tuberculose déclarée. Coupure nette avec les esprits et retrouvailles avec le mien, trois mois d’échanges avec une psy, réconciliation progressive avec la vie réelle, et retour de ma joie de vivre.

Enfin, reprise de mon job de photographe avec enthousiasme. Des instants de grâce! Des instants d’équilibre parfait. Mes ressentis n’avaient pas disparu pour autant. Des lieux, des gens, des ambiances glauques ou lumineuses… Et, de plus en plus souvent, certains lieux m’appelaient clairement à l’aide. Une chambre d’hôtes du Périgord à rééquilibrer. Un hôtel du Lubéron à libérer de présences indésirables. 

Je ne cherchais rien, ça venait à moi et ça prenait de plus en plus le pas sur mon job. J’ai donc ressorti ma paire de baguettes coudées.

Lors d’un voyage au Chiapas (Mexique) en 2008, j’ai eu la chance de participer à une cérémonie dirigée par un chamane, et recevoir un soin à l’Ayahuasca. Pour la première fois, j’ai vu cette autre réalité que je sentais depuis des années. Cette expérience est si extraordinaire qu’il m’est impossible de la décrire avec des mots. Cette cérémonie a dégommé une bonne partie de mes croyances. A partir de là, il m’a été de plus en plus difficile de composer avec le rationalisme dominant de mon milieu professionnel. Dès lors, j’ai vécu dix ans de tiraillement « entre deux mondes ».

Jusqu’à la rupture conventionnelle en 2019, signez la et basta! Passage difficile, nouvel apprentissage. Mon deuil entamé, quelques ateliers de “géobiologie”, une formation pour valider mes perceptions plus claires et le début de ma reconversion.

La photographie crée la mémoire en la captant, elle m’a appris à voir au-delà du visible. Mais en géobiologie, mes mains et mon corps voient mieux que mes yeux. Individu, famille, objet, maison, terrain, village… La mémoire est partout, imprimée dans la matière.

Une étude géobiologique est une enquête. Je soulève le tapis, je le secoue pour voir ce qui en sort, j’envoie un coup de flash et dès que je l’attrape, je tire la ficelle pour voir où elle mène. Je recoupe les infos et dresse une carte des priorités. Ensuite, il suffit de remettre les énergies à leur place, et ainsi rendre à la vie son droit de circuler là où elle était bloquée. Cela passe forcément par la collaboration et la compréhension de l’habitant. C’est une mise en lumière, autant pour la maison que pour ses occupants.

Franck Eclair.